Sioniste… Vous avez dit sioniste?


Opinion de Joël Rubinfeld, co-président du Parlement Juif Européen, publiée le 24 juin 2013 dans le quotidien belge Le Soir, en réponse au dossier publié les 18 et 19 juin dans le même quotidien suite à la visite du prince Laurent en Israël.


Le Soir s'est récemment offusqué de la visite du prince Laurent en Israël à l'invitation d'une “ONG sioniste” - le mot “sioniste” claquant ici comme une insulte -, en l'occurrence l'organisation écologiste KKL (voir Le Soir en ligne du 18 juin et Le Soir du 19 juin).

Le prince Laurent aurait-il donc commis une faute en acceptant l'invitation du prestigieux et respectable KKL?

“Israël est le seul pays au monde où l'on compte plus d'arbres aujourd'hui qu'il y a un siècle”

Faudrait-il boycotter cette institution, véritable précurseur de l’écologie moderne, grâce à laquelle Israël est le seul pays au monde où l'on compte plus d'arbres aujourd'hui qu'il y a un siècle?

Faudrait-il brûler, en signe d’expiation des péchés fantasmés d’Israël, les 240 millions d'arbres plantés par le KKL depuis sa création en 1901, dont ceux des forêts de nos souverains, le Roi Albert I - inaugurée en 1936 -, la Reine Elizabeth, le Roi Baudouin - inaugurée en 1964 par le roi Baudouin et la reine Fabiola en personnes - et le Roi Albert II, voire même les 1.000 arbres plantés aux abords de Jérusalem à la mémoire des victimes de Marc Dutroux?

Non, bien évidemment.

“La question est d’importance car si l’écologiste KKL est infréquentable, c’est tout Israël qui l’est!”

Il faut alors se demander pourquoi cette honorable institution, qualifiée à de multiples reprises de “sioniste” comme si c’était là la marque définitive de l’infamie, est ainsi ostracisée. La question est d’importance car si l’écologiste KKL est infréquentable, c’est tout Israël qui l’est!

Que l’on ne se méprenne pas. Critiquer la politique israélienne est un droit incontestable - c’est même le sport national qui compte le plus de pratiquants enthousiastes en Israël et en diaspora. Mais il en va autrement s’agissant de la diabolisation du sionisme, ce mouvement de libération nationale qui s’est cristallisé dans la foulée de l’Affaire Dreyfus et grâce auquel le peuple juif a restauré son droit légitime à l’autodétermination sur sa terre ancestrale, après un calvaire long de 18 siècles d’asservissement et de persécutions.

Oui, Israël est né dans la douleur. Mais enjoindre Israël et tout ceux qui le représentent d’être et d’avoir été en tous points irréprochables, n’est-ce pas décréter que cet Etat n’est fréquentable que du moment où une paix aura été trouvée avec les Palestiniens? N’est-ce pas ignorer coupablement le fait que l’un des deux principaux “interlocuteurs” palestiniens – le Hamas – prône la destruction de l’Etat juif et a élevé l’antisémitisme au rang de doctrine dans sa propre charte? N’est-ce pas tenir pour négligeable que l’autre – le Fatah – multiplie les préconditions pour ne pas s’asseoir à la table des négociations avec Israël et prodigue sans relâche à ses enfants un enseignement de la haine de leurs futurs voisins avec l’argent du contribuable européen?

En somme, la visite du prince Laurent en Terre promise ne servirait-elle pas à certains de prétexte pour, en creux, plaider pour le boycott d’Israël tout le temps que cette paix n’existe pas? Une absence de paix dont l’Etat d’Israël serait à l’évidence responsable…


Opinion publiée dans le quotidien belge Le Soir du 24 juin 2013.