Qui a dit qu’André Flahaut est antisémite?

Droit de réponse de Joël Rubinfeld et du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) publié dans Le Soir du 26 janvier 2010 suite à un article de Ricardo Gutiérrez titré «Non, André Flahaut n'est pas antisémite» et publié dans l'édition du 24-25 octobre 2009 du quotidien.


Le Soir du 24-25 octobre 2009 publiait un article consacré au procès lancé par M. André Flahaut contre le CCOJB et son président, M. Joël Rubinfeld. Dans cette affaire, M. A. Flahaut a accusé le CCOJB et M. Rubinfeld d’avoir, par «un odieux montage», diffusé sur Youtube une «version honteusement trafiquée» d’un discours qu’il avait prononcé le 24 mai 2008 à propos du conflit israélo-palestinien. Un jugement du tribunal de première instance de Bruxelles a partiellement accueilli ses demandes. L’article commentant ce jugement comporte plusieurs omissions et inexactitudes que nous devons rectifier.

Premièrement, votre article ne dit pas que le jugement contredit l’avis nuancé et argumenté du Procureur du Roi, lequel avait estimé que la liberté d’expression du CCOJB devait conduire au rejet de la demande de M. Flahaut. Cette seule information aurait permis au lecteur de comprendre qu’il s’agit d’une affaire de principe: elle met en jeu la liberté d’une association citoyenne, tel le CCOJB, de critiquer et de débattre des propos et prises de position d’un homme politique.

Deuxièmement, votre article cite incomplètement le passage du discours d’André Flahaut qui avait suscité de vives réactions d’associations et de personnalités diverses en Belgique et à l’étranger. Parlant sous des drapeaux palestiniens lors d’une manifestation violemment anti-israélienne, M. Flahaut y avait notamment dit ce qui suit: «Je suis déterminé à lutter contre tous les extrémismes, tous les nazismes, tous les fascismes, où qu’ils se trouvent et au moment où ils se présentent. Voilà, c’est pour ça que je suis ici». Vous ne reproduisez pas le passage souligné, omission qui rend l’affaire incompréhensible. En effet, par cette phrase, M. Flahaut expliquait lui-même sa présence à une manifestation anti-israélienne par sa volonté de lutter notamment «contre tous les nazismes», ce qui traçait indubitablement un parallèle entre la politique israélienne et le(s) nazisme(s).

Troisièmement, l’article du Soir indique à trois reprises que le tribunal de première instance de Bruxelles aurait conclu à l’existence d’une «manipulation» visant André Flahaut. Le jugement n’utilise cependant pas ce terme très connoté.

Dans cette affaire, le CCOJB a estimé que M. Flahaut avait assimilé la politique israélienne au nazisme et a rappelé que selon l’Union européenne, pareille comparaison peut en fonction du contexte être considérée comme antisémite. Contrairement à ce qu’a cru le tribunal, ce rappel n’avait pas pour objet d’insinuer que M. Flahaut serait antisémite, mais bien de souligner que par ses propos, il banalisait la nazification d’Israël, qui elle-même alimente cette nouvelle forme d’antisémitisme. Or, entre accuser quelqu’un d’être antisémite, et lui reprocher d’éventuellement favoriser l’antisémitisme, il y a plus qu’une nuance.

En conclusion, s’il n’est plus permis à une association citoyenne comme le CCOJB de s’interroger sur une éventuelle relation de cause à effet entre le discours d’élus et l’antisémitisme, on fait de l’antisémitisme un sujet tabou, sur lequel la réflexion et le débat ne sont plus permis. La liberté de critique de la société civile à l’égard de ses élus est une valeur fondamentale de notre démocratie. C’est pour ces raisons que le CCOJB et M. Rubinfeld ont décidé d’interjeter appel.