Vous trouverez ci-dessous l'article d'Isaac Franco, intitulé «CCOJB: Constat de carence (suite)», qui était censé paraître dans le magazine Contact J du mois de novembre. «Censé», parce que censuré... Cet article est précédé d'une notice explicative dans laquelle Isaac Franco rend compte des «motivations» de la censure exercée par la direction du Cercle Ben Gourion, dont dépend le Contact J. Attenter de la sorte à la liberté d'expression de l'une des quelques voix qui comptent au sein de la communauté juive de Belgique contrevient gravement à la profession de foi de la présidente du CBG publiée dans la livraison de ce mois de novembre du Contact J - celle-là même où devait paraître l'article d'Isaac Franco: «En démocratie, la pensée ne doit pas être unique. Au CBG, nous soutenons que la richesse vient des différences»...


Notice explicative d'Isaac Franco

Si le lecteur ne trouvera pas mon article «Constat de carence (suite)» consacré à la seconde partie de mon analyse sur la gestion des affaires communautaires par l’actuel Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB) dans le numéro de novembre du Contact J, c’est parce que ce texte aura été censuré.

Le motif invoqué par le Conseil d’administration et la présidente du Cercle Ben Gourion (CBG)? Le texte ne comporterait «aucun élément nouveau par rapport à l’article du numéro précédent» et qu’il s’agirait «dès lors de prolonger ou de raviver un débat ou une polémique qui a déjà eu ses effets».

Pourtant, chacun de ses paragraphes ou presque apporte une information factuelle jusque là connue de quelques initiés seulement, mais peu ou mal connue du lecteur.

Des tentatives de censurer le débat sur la gestion du CCOJB, du mode de l’élection de son président, du contenu des communiqués du CCOJB, de l’impact de ses contacts avec la presse et du voyage en Israël, du rôle moteur joué par l’UEJB sur le campus de l’ULB ou du traitement honteusement méprisant que ses représentants ont dû subir de la part du président du CCOJB, de la manière dont André Flahaut et un négationniste du génocide des Arméniens ont été invités au dîner de gala du CCOJB, de la non invitation de Karel De Gucht, de la pertinence du commentaire du CCOJB saluant «l’échange de prisonniers» plutôt que la libération de l’otage Gilad Shalit contre celle d’un millier de criminels palestiniens, tout, ou presque, est «neuf» dans cet article.

Ce n’est donc pas parce que ce texte n’a rien d’inédit que le Conseil d’administration du CBG l’aura interdit (la première partie de l’analyse parue en octobre avait déjà risqué la même censure…), mais bien parce que le constat qu’il dresse donne de l’urticaire à l’un ou l’autre de ses membres siégeant également au comité directeur du CCOJB.

Une irritation dont témoigne aussi ce mail de la vice-présidente du CCOJB qui, avec un stupéfiant culot, interpelle le rédacteur en chef du Contact J en ces termes: «A part cela, puis-je te demander pourquoi tu as permis qu’Isaac revienne dans le prochain Contact J avec des attaques paraît-il encore plus virulentes contre le CCOJB? Une fois ne suffit-elle pas?».

Il est déplorable que les responsables du CBG aient cédé à d’aussi misérables pressions qui, au final, privent les lecteurs du Contact J de questions sur un sujet qui les concerne au premier chef: comment le CCOJB porte-t-il leurs préoccupations et leurs attentes auprès des autorités publiques, et comment communique-t-il avec ceux dont il tire sa légitimité?

Le Conseil d’administration du Cercle Ben Gourion manque ainsi au premier et au plus important de ses devoirs, celui de penser par et pour lui-même.

En dépit de mon attachement pour ce journal auquel j’envoyais mon premier article il y a près d’une vingtaine d’années, j’ai donc pris la décision de mettre un terme à ma collaboration avec le Contact J.

Je remercie chaleureusement mon ami Joël Rubinfeld d’héberger ce texte sur son site qui rappelle aux apprentis censeurs du CBG et du CCOJB que leurs méthodes sont décidément d’un autre âge à l’heure d’internet.

Bonne lecture!

Isaac Franco


CCOJB: Constat de carence (suite)

Article d'Isaac Franco, chroniqueur à Radio Judaïca et Contact J, censuré dans le magazine Contact J du mois de novembre 2011.

La critique du précédent président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique était, disait-on, légitime et relevait d’un salutaire débat démocratique. En revanche, on assure volontiers de celle de son successeur qu’elle risque, elle, de déclencher une dommageable «guerre des Juifs» qu’il faut conjurer, quitte à organiser sa censure.

Une tentative avortée à Radio Judaïca où certains auront cherché par deux fois à interdire toute discussion sur la manière dont le CCOJB gère son mandat au motif qu’elle alimenterait une prétendue «guerre des Juifs»: c’est parce que «nous nous occupons d’information destinée au plus grand nombre avec notre statut de radio de toute la communauté» que cette «ligne rouge éditoriale non négociable et valable pour tous» a été tracée, «ce n’est pas de la censure, c’est de la décence»…

Il se chuchote aussi dans l’un ou l’autre «dîner en ville» que le débat public sur la gestion du président en exercice minerait le fantasmatique consensus dans la communauté entourant son éventuelle réélection.

Une réélection presque jouée pourtant, puisque le processus électoral au CCOJB ne s’intéresse à aucune autre humeur que celles des représentants de ses seules trois douzaines d’organisations membres dont une apparente majorité semble trouver dans la politique de Restauration et d’Apaisement mise en œuvre depuis vingt mois de quoi étancher sa soif de somnolence (1). Combinée à l’absence vraisemblable d’une autre candidature, la peur d’un vide «institutionnel» devrait donc achever d’assurer un second mandat à l’actuel président.

C’est que depuis l’essai hélas raté d’ «ouvrir» l’élection à la «rue juive», le président du CCOJB ne tire sa légitimité que de la majorité qualifiée (60%) d’une petite quarantaine d’individus. Cette conception saugrenue de la démocratie confère donc à 25 personnes par ailleurs fort honorables le pouvoir de décision d’une vingtaine de milliers d’autres, pour ne parler que des Juifs francophones. Or, à l’exception - notable - du mandat de son ancien président, le souhait des secondes correspond assez peu à celui des premières…

Mais ce ne seront pas ces absurdes règles électorales qui auront stimulé la réflexion de ce CCOJB où on s’est en revanche beaucoup irrité du billet d’humeur «Constat de carence» paru dans ces colonnes le mois dernier. On s’y est même découvert une pugnacité très insolite, au point de demander un droit de réponse.

Le CCOJB ne devrait donc pas manquer de souligner qu’il aura organisé moult rencontres et, surtout, un voyage en Israël avec des journalistes et des politiques, même si chacun aura apprécié l’absence de réaction du président de l’institution face à l’impact insignifiant de ces entretiens ou de ce voyage sur leur perception perverse d’Israël et du conflit arabo-juif. Un voyage où nos Tintins en Terre Sainte auront par ailleurs préféré les rencontres avec des membres de l’opposition à celles avec des représentants du gouvernement et de la majorité pour ne pas risquer d’éprouver l’estomac fragile et les préjugés souvent insultants de leurs gentils hôtes.

Peut-être ses représentants s’émouvront-ils en évoquant Le Discours prononcé devant quelques douzaines de commensaux privilégiés au dîner de gala du CCOJB. Et peut-être rappelleront-ils aussi la publication d’une trentaine de communiqués bien qu’aucun ne l’aura été depuis mai 2011 en dépit de l’actualité récente évoquée dans «Constat de carence», sauf à y comptabiliser les verbatim de ce discours et de l’allocution du Premier Yves Leterme le même soir. Un nombre qui, de surcroît, inclut les bulletins informant des résultats de l’élection de son président et de son comité directeur, quelques doublons en néerlandais et quelques autres encore consacrés à des hommages rendus à la mémoire de personnalités émérites. Sans oublier une mention spéciale pour celui traitant de l’arraisonnement de la flottille «humanitaire» fin mai 2010 où le CCOJB invite plus à attendre les résultats d’une enquête sur l’usage éventuel d’une «force disproportionnée» par Israël qu’à reconnaître la légalité de son blocus maritime de Gaza (2).

Ils accorderont probablement un satisfecit au bilan de leur action relative aux nombreux incidents à caractère antisémite survenus sur le campus de l’ULB et ponctués par la démission exemplaire du Professeur Brotchi de ses fonctions à la «Fondation ULB». Sauf que les quelques résultats obtenus sous le sceau du CCOJB auront surtout récompensé l’exceptionnel engagement et l’inlassable vigilance des responsables décomplexés de l’Union des Etudiants Juifs de Belgique. Et l’indulgence commandera de passer sur le comportement sottement irascible et hautain du président du CCOJB particulièrement à l’égard du représentant déterminé de l’UEJB au comité directeur de l’institution…

Ils pourraient même se déclarer satisfaits de la lettre privée d’excuses et de regrets du directeur de l’information de la RTBF pour le commentaire «malheureux» de la visite de M. Leterme à Jérusalem dans son journal du 4 septembre et lui prêter une dimension publique au motif que l’expéditeur «autorise» le destinataire à en révéler le contenu. Et se convaincre encore aujourd’hui qu’une telle «maladresse» ne valait pas qu’on exige de la chaîne publique qu’elle s’excuse dans le cadre d’un journal télévisé, soit là même où elle avait fauté.

Mais pour plomber sans recours le bilan déjà maigre de son action, on retiendra surtout de ce CCOJB qu’il se sera enivré de la «réussite» du dîner de gala du 20 septembre dernier dont il aura pitoyablement brandi «tels des trophées de victoire les photos-sourires (…) où, confits d’incrédule satisfaction de se trouver là invités, posent le Louis Michel de la loi - avortée - de compétence universelle, le Freddy Thielemans de la pantalonnade de la rue Neuve et du droit concédé aux haineux d’Israël de déverser leur bile dans les rues de la capitale ad vitam aeternam, (…), et quelques autres ‘excellences’ de tous bords politiques immortalisé(e)s en tête du funeste cortège du 11 janvier 2009». (cf. droit de réponse «Le porte-flingue du CCLJ» du 11 octobre à O. Wesoly)

On lestera encore le passif de l’équipe actuelle du CCOJB en rappelant qu’elle a invité à son dîner de gala le président de l’Exécutif des Musulmans de Belgique alors que l’équipe précédente révélait, elle, dans son communiqué du 23 février 2009 qu’il est «un négationniste du génocide arménien». Un peu comme si le président de la communauté arménienne de Belgique et son comité directeur avaient invité Elie Wiesel et Robert Faurisson à son raout…

Et surtout, surtout, on n’oubliera pas qu’elle aura fait l’inlassable promotion d’un accord amiable avec «un homme qui n’a pas hésité à traîner en justice l’institution représentant la communauté de ce pays et son président pour le crime d’avoir stigmatisé le sens de son discours à Nivelles». (in «Le porte-flingue du CCLJ»)

Un homme, «le Flahaut du Mémorial de la déportation en 2006, le Flahaut de la mascarade de Nivelles en 2008 et de la manifestation violemment anti-israélienne du 11 janvier 2009», que le CCOJB assoit pourtant à la table d’honneur de ce même dîner de gala, lui donnant «ainsi des verges pour se faire battre en cour d’appel si le CCOJB devait en définitive renoncer à l’option d’un accord amiable». (Ibid.)

Un homme que le président du CCOJB aura décidé seul d’inviter. Jamais en effet il ne s’avisera de consulter le Conseil d’administration de l’institution pour discuter de l’opportunité d’une invitation aussi «sensible» et peser ses évidentes répercussions symboliques et juridiques, ni de demander son aval. Et jamais non plus il n’estimera de son devoir, et de l’intérêt évident du CCOJB, de se concerter avec son prédécesseur - attaqué et condamné comme l’institution par M. Flahaut - avant que cette lubie solitaire ne l’expose aussi à un tel traitement en appel.

Tout cela «quand nul n’ignore que seule une décision de justice anéantit réellement la jurisprudence née du jugement de première instance, et qu’un quelconque accord amiable ne dissuaderait personne demain de s’inventer avoir été traité d’antisémite pour faire taire devant les tribunaux quiconque aura eu le front de critiquer sa critique d’Israël». (Ibid.)

Les responsables de ce CCOJB pourront certes s’enorgueillir, avec raison cette fois, de ne pas avoir invité Karel De Gucht pour ses déclarations du 2 septembre 2010 sur «le lobby juif américain» et les Juifs avec qui il serait impossible de discuter parce «qu’ils croient toujours avoir raison».

Mais il restera de cet indéniable éclair de dignité une question: le président du CCOJB aurait-il plaidé le même principe d’un accord amiable avec le commissaire européen après que, pure hypothèse, M. De Gucht l’ait traîné en justice et l’y ait fait condamner pour avoir dit de son discours sur les Juifs qu’il avait un «caractère antisémite»?

^ [1] On lira ainsi sur la première page de son site que le CCOJB se réjouit de la fin du calvaire de Gilad Shalit et espère que «l’échange de prisonniers» contribuera au «dialogue» et à la «paix au Moyen-Orient». Si on ne commentera pas ses irrépressibles fadaises lénifiantes sur le «dialogue» et la «paix au Moyen-Orient», on notera que le CCOJB parle d’un «échange de prisonniers» plutôt que de la libération d’un millier d’assassins et de gangsters condamnés par la justice d’un Etat démocratique contre celle d’un otage détenu par une organisation terroriste, dressant ainsi une équivalence morale obscène’ (Melanie Phillips) entre les premiers et le second…
^ [2] On remarquera encore que ce CCOJB est aussi avare de commentaires sur les résultats du sondage paru le 13 octobre dernier dans La Meuse (43% de Belges estiment que le nazisme «comportait des idées intéressantes») qu’il était muet déjà sur les conclusions de l’enquête menée par la VUB et les universités de Louvain et de Gandla moitié des élèves musulmans [à Bruxelles] est antisémite»).


Article d'Isaac Franco censuré dans le mensuel Contact J de novembre 2011