Faut-il reconnaître la Palestine comme un Etat?

La Libre Belgique – La Palestine doit-elle être reconnue comme un Etat par les Nations Unies?

Joël Rubinfeld – Naturellement qu’elle doit l’être. C’est un droit légitime à l’autodé­termination et le peuple palestinien a ce droit comme les Tibétains ou comme les Kurdes. Donc d’accord, mais pas dans les circonstan­ces actuelles.

Pourquoi pas aujourd’hui?

“Si on vote en faveur de cet Etat, en connaissance de cause, cela veut dire qu’on vote pour un Etat dont les plus hautes autorités disent clairement qu'«on va vider cet Etat palestinien des Juifs».”

Il y a plusieurs raisons, dont une d’ordre stric­tement juridique. Il y a eu le processus d’Oslo, qui a été entériné en 1995, et qui a abouti à des accords intérimaires. Ils stipulent explici­tement aux deux parties contractantes qu’il faut négocier bilatéralement les solutions. Il y a trois problèmes les plus épineux: le statut de Jérusalem, la question des réfugiés palesti­niens, et les frontières. Il est dit dans ces ac­cords intérimaires qu’aucune décision ne peut être prise unilatéralement. Or, ces ac­cords ont été signés par Israël et l’OLP, mais ils ont été contresignés par les Nations unies, par l’Union européenne et les Etats-­Unis. Il y a donc un cadre juridique au nveau internatio­nal et ce cadre est rompu par les Palestiniens. Il y a un autre aspect que le juridique qui est pour moi plus important. C’est l’aspect éthi­que. Il y a ainsi la déclaration de l’ambassadeur palestinien à l’Onu qui la semaine passée, dans une interview, a dit que l’Etat palestinien sera «libre de Juifs». C’est surréaliste. C’est la chose qui me choque le plus.

Quelle est la position de la Belgique?

On ne sait pas encore comment la Belgique va vo­ter. Si on vote en faveur de cet Etat, en connaissance de cause, cela veut dire qu’on vote pour un Etat dont les plus hautes autorités disent claire­ment qu’«on va vider cet Etat palestinien des Juifs», cela serait un déshonneur pour le pays. Vous vous rendez compte: si demain, on disait qu’on va vider la Belgique de tous ses Juifs, ou ses Noirs, ou ses Arabes, la population va se lever con­tre cela. Là, on franchit une ligne rouge qui est gravissime et j’espère que les gens qui à Bruxelles prendront la décision auront cela à l’esprit. C’est honteux. Donc, pour toutes ces raisons, s’il faut un jour un Etat palestinien, ce ne doit pas être n’importe quel Etat. On ne peut pas sacrifier par naïveté ou angélisme la sécurité d’Israël.

Etes-vous rassuré par l’attitude du président Obama?

“Ce que M. Abbas dit aujourd’hui, c’est ce qu’Obama disait il y a deux ans. Il a lancé un truc, et il est dé­passé par cette chose. Obama lui­-même fait preuve d’angélisme.”

Certains parlent de la pression du lobby juif aux Etats­-Unis. Il faut sortir des phantasmes. Il ya 1,7% de Juifs américains. Et donc c’est quelque chose de tout à fait risible. Ce qu'il faut savoir, c’est que la population américaine voit les choses très différemment de la population européenne. Je pense que c’est la pression qu’Obama ressent au sein même de la population de son pays. Mais il a une responsabilité importante: ce que les Palesti­niens demandent aujourd’hui, c’est-­à-­dire la fin des constructions dans la partie orientale de Jéru­salem, que les frontières soient celles de 67. Bref ce que M. Abbas dit aujourd’hui, c’est ce qu’Obama disait il y a deux ans. Il a lancé un truc, et il est dé­passé par cette chose. Obama lui­-même fait preuve d’angélisme. Arrivé à la Maison ­Blanche, il pensait qu’il allait tout régler dans le monde, mais le monde est beaucoup plus complexe que l’île aux enfants. Dans le monde, il n’y a pas Casimir ni Hip­polyte. C’est lui qui a semé les graines de la situa­tion dans laquelle nous sommes aujourd’hui.


Interview parue dans La Libre Belgique du 23 septembre 2011 · Propos recueillis par Jean-Paul Duchâteau