Pas de second mandat pour Rubinfeld

Le président sortant du CCOJB ne sollicitera pas de second mandat. Il tire aussi les conclusions de sa présidence en exclusivité pour «La Libre».

C’est lundi à minuit que se clôturait le dépôt des candidatures pour la présidence du Comité de coordination des organisations juives de Belgique. A l’heure du bouclage, l’on savait qu’il y aurait au moins deux candidats: le Dr Maurice Sosnowski, le beau-frère de feu Jo Wybran, et Henri Benkoski coordinateur à la diversité culturelle à la Communauté française. Mais plus Joël Rubinfeld. Le président sortant nous a livré les raisons de son retrait.

La Libre Belgique – Votre retrait en surprendra plus d’un!

Joël Rubinfeld – La présidence m’a pleinement occupé. C’était à la fois un bénévolat et un plus que plein temps mais l’heure a sonné de retourner à des préoccupations plus familiales et professionnelles. Ce fut une expérience palpitante et une mission très importante qui me permet d’afficher un bilan positif... Sans l’être pleinement...

Pourriez-vous expliciter cela?

Le CCOJB est devenu un acteur plus engagé et plus visible notamment parce qu’on a aussi voulu diffuser son action sur le Net. J’ai aussi abordé ce mandat avec un engagement plus franc, plus net et plus marqué. Certains ont vu en moi un boutefeu alors qu’en suscitant des confrontations, j’ai pu nourrir le dialogue et resituer la place de la communauté juive, cible si facile parce qu’elle est pacifique. Une précision: c’est toute une équipe qui m’a entouré pour remettre en avant la problématique des Droits de l’homme où l’on a malheureusement vu s’accroître certaines injustices à notre égard de la part de certaines ONG et parastataux...

Mais encore…

Il y a une terrible poussée d’antiaméricanisme et d’anti-israélisme qui s’est mué en antisémitisme. Un grand tournant, une journée noire même pour la démocratie, fut la manifestation du 11 janvier 2009 qui a vu défiler dans les rues de Bruxelles les courants islamiques extrêmes aux côtés de représentants des partis francophones. Une dérive inouïe quand on sait que j’ai pleinement confiance dans la Ligue des droits de l’homme ou dans le Centre pour l’égalité des chances quand ils se battent à nos côtés contre l’extrême droite antisémite. Mais ces organisations et d’autres sont aux abonnés absents lorsqu’il n’émane pas de skinheads rasés qui se proclament aryens. Un comble: cela a même gagné le MRAX fondé à la sortie de la guerre par des militants juifs. Je suis aussi un fils d’immigrés. Il est temps de réagir car ce n’est pas le modèle de société que nous voulons pour nos enfants. Savez-vous que l’on recense chaque année de 100 à 150 cas d’agressions antisémites de plus en plus banalisées?

A qui la faute, selon vous?

Il y a eu une dangereuse libération de la parole contre les Juifs de la part de certains politiques, de certains médias, de certains académiques et de certaines associations. A l’initiative d’un élu Ecolo, on a pu déverser pendant trois heures du fiel antisémite et anti-israélien au Parlement fédéral et le point d’orgue fut la manifestation où nos élus ne se sont pas rendus compte de ce qu’ils soutenaient. Pire, avant les élections régionales, j’ai rencontré les présidents des partis démocratiques afin qu’ils se prononcent clairement contre l’antisémitisme. Seul Didier Reynders l’a fait. Quid si le monde politique n’est plus le dernier rempart contre la barbarie?

Une grande controverse de votre mandat fut l’action intentée par André Flahaut.

C’était une grave faute de sa part d’avoir soutenu cette manif-mascarade à Nivelles où l’on a fait passer l’armée israélienne pour ce qu’elle n’a jamais été. Sa deuxième faute fut de comparer les Israéliens et les nazis. C’était indigne d’un homme politique de son rang! Le comble dans le procès est qu’il nous a accusés de l’avoir qualifié d’antisémite. Totalement faux; voilà qu’il veut attenter à notre liberté d’expression. Là, nous irons jusqu’à la cour européenne des Droits de l’homme s’il le faut! Du reste l’appel est lancé depuis ce lundi... J’ajoute que dans la communauté, on me qualifie aussi de gauchiste parce que je suis clairement pour une solution qui donne les territoires occupés aux Palestiniens tout en dotant Jérusalem d’un statut bicommunautaire...

Il y a eu d’autres critiques internes…

La contestation est salutaire mais ramenons là ce qu’elle fut: 4 ou 5 organisations sur 39 n’ont jamais accepté mon élection! Je déplore aussi que certains aient rompu la confidentialité du CA ou exfiltré des documents vers une partie avec qui on est en procès! En même temps, ma ligne a été suivie à 80, 90% des cas. Dans le cas de l’appel contre Flahaut, j’ai été soutenu par 26 voix contre 5. Au CCOJB, j’ai seulement voulu que nous puissions redevenir Juifs au quotidien et pas toujours devoir nous sentir en danger...

Candidat du PP avec son ami Mischaël Modrikamen?

Proximité. «La force de la démocratie, c’est de protéger ses minorités. Je suis donc aussi pour la reconnaissance des génocides rwandais et arménien mais hélas, les logiques politiques actuelles sont tellement électoralistes et populistes...». L’on perçoit clairement que Joël Rubinfeld a envie d’en découdre aussi sur le plan politique. Et si c’était donc vrai qu’il s’apprête à rejoindre le PP de son ami Mischaël Modrikamen?

Le président sortant du CCOJB confirme avoir loué des bureaux au nouveau parti de «la droite décomplexée» avenue Molière mais pour l’heure, il entend prendre du recul et d’abord terminer son mandat au CCOJB. Mais plus tard? «J’entends Richard Miller nous dire que le PP est populiste voire d’extrême droite mais que dire de lui qui se compromet dans des manifestations avec les islamistes? Quant au populisme, je le vois plutôt chez Michel Daerden ou chez ces élus PS bruxellois qui refusent de voir la réalité du génocide arménien pour ne pas choquer l’électorat turc!».

Et de conclure qu’«une démocratie qui claudique n’est pas très saine. En Belgique francophone, il faut donc aussi un parti démocratique de droite décomplexé. En ce sens le PP n’est pas seulement rafraîchissant mais salutaire...».


Interview parue dans La Libre Belgique du 23 février 2010 · Propos recueillis par Christian Laporte