3 questions à Joël Rubinfeld

La Libre Belgique – Le soutien de M. Bush au plan d'Ariel Sharon marque-t-il un tournant décisif?

Joël Rubinfeld – J'appellerais plutôt cela une clarification, une officialisation sur un point fondamental qui est celui du retour des réfugiés. Toute personne sensée qui veut avancer vers la paix sait que le retour des Palestiniens se fera en Palestine. C'est donc plutôt une levée de l'hypocrisie qui consiste à dire que, dans le cadre du règlement du conflit, les Palestiniens pourraient s'installer en Israël.

Et l'unilatéralisme, c'est une bonne chose?

C'est un point de départ et non pas une finalité. Il y a un retrait de la bande de Gaza, ça c'est une bonne chose. Mais attention, quand Israël s'est retiré très rapidement du Liban sous le gouvernement de M. Barak, cela a été interprété comme une victoire pour le Hezbollah, il ne faudrait pas que le retrait de la bande de Gaza devienne une victoire pour le Hamas. Et puis cela se fait unilatéralement car en face, il n'y a plus personne avec qui négocier. Tant que M. Arafat tiendra le pouvoir, on n'avancera pas vers la paix. M. Arafat n'est même pas un frein sur le chemin de la paix: c'est un rétromoteur...

D'après vous, la “feuille de route” est-elle enterrée?

Pas du tout. Je reste confiant: il n'y a aucune incompatibilité avec la feuille de route. Celle-ci parle du retrait israélien et de la souveraineté palestinienne. Le problème n'est pas la feuille de route; le retrait de Gaza peut s'y inscrire. Le problème c'est qu'il n'y a pas de partenaires du côté palestinien. Il faut sortir de cette logique: le soutien des Etats-Unis à Ariel Sharon peut permettre pas mal de déblocages. Il s'agit d'un jalon et d'une étape très importante dans l'évolution du conflit israélo-palestinien, une étape capitale même.


Article paru dans La Libre Belgique du 16 avril 2004 · Propos recueillis par Martin Buxant