Inauguration des Pavés de Mémoire

Discours de Joël Rubinfeld prononcé le 13 mai 2009 lors de l'inauguration des premier Pavés de Mémoire posés, à l'initiative de l'Association pour la Mémoire de la Shoah, devant la maison située 40 rue Vondel, à Schaerbeek, en souvenir de Salomon Karolinski et Elisabeth Orcher-Karolinski.

Les Pavés de Mémoire sont des petits cubes de laiton placés par l'artiste allemand Gunter Demnig en mémoire des victimes du nazisme, devant les maisons où elles ont habité avant d'être déportées et assassinées.

Je n’ai jamais compris pourquoi la sirène qui fige les millions de citoyens d’Israël et qui glace d’effroi le sang dans mes veines ne retentit pas aussi dans nos rues.

Je n’ai jamais compris pourquoi les villes et villages d’Europe dont les rues résonnent encore du pas de leurs habitants juifs assassinés par les nazis dans l’indifférence ne se commandent pas, eux aussi, eux surtout, d’évoquer leurs voix dans le silence assourdissant de cette sirène.

Comme si le souvenir de la Shoah est désormais devenu l’affaire des seules victimes pendant que partout ailleurs dans le monde, les autres hommes continuent de s’agiter pendant ces deux petites minutes d’éternité qui honorent la mémoire de ceux qui furent les voisins de leurs pères et de leurs grands-pères.

On dira que, pourtant, la Shoah a gravé son nom dans la mémoire collective des hommes. Peut-être en est-il ainsi.

Et peut-être est-ce aussi parce qu’elle est si lourde à porter que la tentation grandit de la nier ou d’en alléger le poids en peignant des enfants et des petits-enfants des victimes, le portrait infâmant des nouveaux bourreaux avec la même encre qui écrit les droits de l’homme.

Qu’il doit être lourd à porter le souvenir de la Shoah si on ne s’oblige à honorer les Juifs morts que pour mieux s’arroger le droit de manquer de respect et de solidarité à l’égard des vivants.

C’est donc en souvenir de Berek Swiatlowski et Pesah Swiatlowski-Koronczyk, de Itzic Jancou - dit Jacques – Zimmerman, de Salomon Karolinski et Elisabeth Orcher-Karolinski que nous posons aujourd’hui les premiers pavés de la mémoire en Belgique.

Dans l’espoir que la trace de leurs noms gravés dans les rues de nos villes s’écrive aussi profondément dans la mémoire des hommes et que plus jamais, les enfants et petits-enfants des 29.925 Swiatlowski, des 29.925 Zimmermann et des 29.925 Karolinski de ce pays ne paient pour leur fidélité au noble héritage de leurs pères et grands-pères.

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