L'«humour» de la chaîne publique flamande Canvas choque la communauté juive

Le Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) a déposé plainte, lundi 9 février, contre la chaîne publique flamande Canvas auprès du Centre pour l'égalité des chances, un organisme parapublic chargé notamment de la lutte contre le racisme et la xénophobie. En cause, selon le CCOJB, une «dénonciation monomaniaque du juif» et une «provocation revancharde» de la part de la télévision publique.

Cinq incidents ont opposé, en l'espace de trois mois, Canvas aux représentants de la communauté juive. C'est une émission prétendument humoristique, «Man Bijt Hond» - «Un homme mord un chien» -, qui a déclenché la plainte, qui pourrait être suivie d'une action auprès de la justice cette fois.

La séquence litigieuse évoquait «l'hypersensibilité» des juifs après de vives critiques de leur part suite à des propos du ministre régional flamand de la culture. Bert Anciaux (socialiste) avait comparé le drame de Termonde - deux bébés et une gardienne poignardés le 30 janvier - au sort des enfants palestiniens de Gaza. Le ministre avait souligné qu'à Gaza aussi les enfants avaient été tués volontairement, mais que «leur agresseur (n'avait), lui, pas été puni».

«Dérive inquiétante»

«Man Bijt Hond» a ironisé récemment sur les protestations des milieux juifs. Avec des images en noir blanc, très caricaturales, le programme se demandait qui donc ne déclenchait pas leur mécontentement et évoquait notamment «les firmes Rolex et Rolls Royce, la centrale diamantaire d'Anvers, les Amitiés américano-juives».

«En Flandre, les Dieudonné peuvent passer en prime time sur une chaîne publique», se lamente Joël Rubinfeld, président du CCOJB. Il estime que la télévision flamande fait preuve d'une «dérive inquiétante» et d'un «esprit revanchard». La communauté juive avait, en effet, obtenu in extremis, en octobre 2008, le retrait d'une émission culinaire consacrée au plat préféré d'Adolf Hitler. Cet incident, resté sans suite, avait été suivi d'autres séquences présentées comme «humoristiques» sur la même chaîne.

Dans l'une d'entre elles, un jeune humoriste se demandait si les juifs d'Anvers déposeraient plainte en cas de fuite de gaz dans cette ville. Et ironisait sur le fait qu'«on ne les aurait plus aussi facilement dans les trains aujourd'hui, car la plupart d'entre eux ont déménagé aux Etats-Unis».

«Il faut distinguer l'aspect juridique, que nous allons analyser, de l'aspect moral, et, sur ce point, notre condamnation est déjà sans équivoque», explique Edouard Delruelle, codirecteur du Centre pour l'égalité des chances. Les dirigeants de la chaîne publique flamande rejettent, eux, toute faute éventuelle sur les producteurs de l'émission.


Article de Jean-Pierre Stroobants paru dans Le Monde du 10 février 2009