La haine du Juif s’exprime aussi en Belgique

En marge de l'ouverture du procès en France des meurtriers d'Ilan Halimi, Hugues Dorzée dresse dans Le Soir un état des lieux de l'antisémitisme en Belgique.

Ici, ce sont des chants antisémites scandés dans les tribunes du Germinal Beerschot: “Nous sommes anti-Juifs, nous les traînons, nous les frappons, nous les poignardons. Car nous sommes anti-Juifs.” Là, c’est un groupe baptisé “Boycott Israel, No sionisme!” réunissant 1.920 membres sur Facebook et faisant l’apologie d’Adolf Hitler. Plus loin, ce sont quatre Juifs orthodoxes agressés à coups de bâton dans le quartier Belz d’Anvers.

Et puis, il y a ces propos antisémites ou négationnistes relevés çà et là dans la presse en ligne (7 sur 7, Het Laatste Nieuws, La DH…), des croix gammées taguées sur plusieurs bâtiments publics, une lettre de menace adressée au Musée juif dans laquelle l’auteur écrit: “Recevez mon salut d’honneur avec une croix gammée et mort à tous les Juifs.

Sans oublier les insultes proférées en rue, les courriers anonymes adressés dans diverses organisations juives, les attaques de synagogues (Charleroi, Anvers, Bruxelles). Bref, une série impressionnante d’“incidents” recensés depuis janvier dernier.

Soixante-deux, exactement, si l’on en croit le site www. antisemitisme.be qui, avec l’appui du Consistoire central israélite de Belgique (CCIB), et d’autres organisations (BESC, CKJGA), “répertorie, après vérification, les actes hostiles envers la communauté juive de Belgique”.

En 2001, date à laquelle ce groupe de bénévoles a entamé son travail, on dénombrait trente “incidents”; en 2008, septante-trois. Cela représente, en moins de dix ans, un total de 434. “Il y a clairement une résurgence de l’antisémitisme, en Belgique, depuis fin 2000, date de la seconde Intifada, avec une importation immédiate du conflit au Moyen-Orient”, déplore Joël Rubinfeld, le président du CCOJB.

Déferlement de haine et de bêtise en ligne, dérapages lors de la manifestation du 11 janvier, agressions urbaines… Durant le récent conflit de Gaza, plusieurs actes antisémites graves ont été dénoncés au Centre pour l’égalité des chances et/ou à la police. Sur internet, notamment. “Avec l’anonymat et l’impunité qui en découlent”, comme le regrette le site antisemitisme.be.

“Sur ses gardes”

“Il est temps de sortir du déni de cette réalité, conclut Joël Rubinfeld. Les élus doivent arrêter de sacrifier une frange de la population sur l’autel de l’électoralisme”

L’antisémitisme n’est ni d’État, ni généralisé, ni ambiant, nuance Viviane Teitelbaum, auteur de “Salomon, vous êtes Juifs!?”. Il peut être d’une rare violence ou banalisé au quotidien, comme dans les écoles ou les transports en commun.” Pour la communauté juive de Belgique (environ 40.000 personnes), il faut vivre “avec”.

La situation est grave, mais pas désespérée, sourit Diane Keyser, la secrétaire générale du Forum des organisations juives (Anvers). Ces actes sont le fait d’une petite minorité agissante, souvent faible et manipulée. Il n’empêche, la communauté est sur ses gardes. Et des mesures préventives sont prises (patrouilles de police renforcées lors des fêtes juives, caméras de surveillance…).

Par peur, certains Juifs préfèrent ne plus afficher leurs signes religieux (kipa, étoile de David…).

À la veille des élections, le CCOJB va faire le tour des présidents de parti. “Il est temps de sortir du déni de cette réalité, conclut Joël Rubinfeld. Les élus doivent arrêter de sacrifier une frange de la population sur l’autel de l’électoralisme. Il est temps de libérer la parole.


Article de Hugues Dorzée paru dans Le Soir du 29 avril 2009

Le Soir, 29 avril 2009