«Accordez-leur 1 minute de silence!»

Il reste exactement 29 jours avant le début des Jeux Olympiques, mais le Comité international olympique (CIO) n’a toujours pas marqué son accord pour l’observance, lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux de Londres, d’une minute de silence en mémoire des 11 victimes israéliennes des JO de 1972. Joël Rubinfeld, coprésident du Parlement juif européen, lance un appel décidé à Jacques Rogge, le président belge du CIO: «Accordez une minute de silence aux onze victimes et à leurs familles!» dit-il, accompagné par Jacques Lichtenstein, manager de foot de Kompany.

“Le 5 septembre 1972, huit terroristes palestiniens avaient pris en otage onze athlètes, coaches et arbitres israéliens dans le village olympique de Munich. Vingt-quatre heures plus tard, les Israéliens étaient assassinés.”

Pour rappel: le 6 septembre 1972 est la date la plus noire de l’histoire des Jeux. La veille, huit terroristes palestiniens avaient pris en otage onze athlètes, coaches et arbitres israéliens dans le village olympique de Munich. Vingt-quatre heures plus tard, les onze étaient assassinés. Cinq des huit preneurs d’otages trouvaient également la mort, tout comme un policier allemand. «Nous sommes en 2012, 40 ans et 10 Jeux nous séparent de cette tragédie», dit Rubinfeld. «Ce chiffre symbolique devrait être le moment charnière pour que le CIO organise sous sa bannière une commémoration officielle. Devra-t-on attendre 100 ans pour rendre hommage aux 11 membres de la famille olympique victimes de la barbarie? Faudra-t-il que les familles des victimes ne soient plus là pour enfin cicatriser leurs plaies encore ouvertes?»

Un homme a la clé entre ses mains: Jacques Rogge. «Le hasard veut que je me sois retrouvé dans le même avion que lui, dimanche dernier», explique Rubinfeld. «On a eu un entretien cordial et constructif. Il semblait touché par la teneur de notre conversation et s’est engagé à y donner suite. Encore faut-il maintenant qu’il perçoive l’importance et la portée de ce geste. Ce ne sont que 60 secondes, mais elles marqueront l’histoire des JO, pour un mieux.»

“Ce n’est pas une affaire de nationalités, c’est le monde olympique dans son ensemble qui a été touché de plein fouet, et c’est l’esprit olympique qui est ici en jeu.”

Jusqu’à présent , les Israéliens ont toujours commémoré leurs morts en comité restreint. «En présence de personnalités du CIO telles que Rogge», précise Rubinfeld. «Mais ce n’est pas une affaire de nationalités, c’est le monde olympique dans son ensemble qui a été touché de plein fouet, et c’est l’esprit olympique qui est ici en jeu. (soupir) À vrai dire, je trouve embarrassant qu’il revienne à la société civile de formuler cette requête, alors que cela devrait couler de source pour les autorités olympiques. Il est temps aujourd’hui de réparer cette faute morale.»

Rogge était resté aux JO de 1972. «À Londres, il a l’occasion d’apaiser les consciences»

Le CIO a toujours refusé d’accorder une minute de silence. «Le CIO a régulièrement commémoré la tragédie de 1972 et le fera une nouvelle fois à Londres lors d’une cérémonie qui se déroulera pendant les Jeux, mais il n’y aura pas de minute de silence pendant la cérémonie d’ouverture», disait un porte-parole récemment. Rubinfeld ne désespère pas. «Jacques Rogge devrait saisir cette occasion pour mettre un terme à un ancien dilemme.»

“C'est l'occasion de rendre le plus bel hommage qui soit aux valeurs d’universalité et de fraternité prônées par de Coubertin.”

Le coprésident du Parlement juif européen s’explique. «En 1972, Monsieur Rogge a pris part en tant qu’athlète aux Jeux (NdlR: il faisait de l’aviron). Dans une récente interview, il a déclaré qu’il ne savait pas si – après l’attentat – il devait rester où quitter les Jeux. Finalement, il est resté, comme 75 % des athlètes. 25 % des athlètes sont donc partis. Ces derniers ont, selon moi, fait le bon choix. Avec cette minute de silence, n’est-ce pas là l’occasion pour l’olympisme d’apaiser enfin les consciences et de rendre le plus bel hommage qui soit aux valeurs d’universalité et de fraternité prônées par de Coubertin?»


Article de Yves Taildeman publié dans le quotidien belge La Dernière Heure du 28 juin 2012.