Le mandat de Jozef De Witte au Centre pour l’égalité des chances n’est pas prolongé

Ce 31 décembre 2011, le gouvernement Di Rupo I n’a pas prolongé le mandat de Jozef De Witte en tant que directeur du Centre pour l’égalité des chances. C’est ce qu’a confirmé aujourd’hui la porte-parole de la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet à la rédaction de Joods Actueel.

La nouvelle survient bien que De Witte soit candidat à sa propre succession. Sous le gouvernement démissionnaire Leterme, le mandat de De Witte avait été prolongé à quatre reprises (les 4 mai et 12 octobre 2010 et les 29 avril et 13 août 2011).

Critiques

“De Witte a fait l’objet de vives critiques après que le Centre n’ait pris aucune mesure suite à la publication d’un pamphlet antisémite dans De Zwinkrant.”

La porte-parole de l’Intérieur n’a pas motivé la non-prolongation du mandat mais il est vraisemblable que les critiques essuyées ces derniers mois par le Centre pour l’égalité des chances y sont pour quelque chose. L’été dernier, De Witte a fait l’objet de vives critiques après que le Centre n’ait pris aucune mesure suite à la publication d’un pamphlet antisémite dans De Zwinkrant. Johan Leman, le prédécesseur de De Witte, l’avait alors blâmé pour son laxisme et son manque de courage. Le monde politique s’était aussi mêlé de l’affaire où, tant à droite avec Jan Jambon (N-VA) qu’à gauche avec Luckas Vander Taelen (Groen!), De Witte était pointé du doigt.

Le mois dernier, le Centre a une nouvelle fois fait l’objet de critiques après qu’un commissaire de police bruxellois ait rapporté les propos racistes tenus par une collaboratrice du Centre. Le fait que le Centre n’ait pris aucune mesure à l’encontre de sa collaboratrice incriminée mais qu’il ait par contre accusé le commissaire de police de «malveillance» et exigé des autorités policières une enquête le concernant est resté en travers de la gorge de beaucoup.

Le Comité des Arméniens de Belgique a également exprimé de vives critiques concernant la gestion du Centre par son directeur Jozef De Witte: «Le Centre reste sourd et muet devant la corruption croissante de notre pays par le négationnisme importé de Turquie. (…) Le Centre retrouvera donc son honneur perdu lorsqu’il prendra la tête de la résistance belge face au négationnisme.»

Selon le cabinet Milquet, le directeur-adjoint du Centre Edouard Delruelle ne remplace pas automatiquement De Witte, bien qu’il en soit pour le moment le plus haut responsable. On ne sait pas encore si un nouveau directeur sera recherché.

Organisations juives

Il est de notoriété publique que les organisations juives sont en désaccord avec le directeur du Centre depuis plusieurs mois. Le professeur Julien Klener, président du Consistoire central israélite de Belgique, a réagi aujourd’hui en ces termes: «Je ne connais naturellement pas les procédures de nomination ou de renouvellement du mandat du directeur du Centre. Je ne peux qu’espérer que le ministre compétent ou le gouvernement dans sa sagesse nommera à la tête de l’institution un homme ou une femme qui connaît et comprend les sensibilités des différents groupes qui composent notre société et qui dispose de suffisamment d’empathie que pour soulager avec compétence les souffrances des gens quand des problèmes surviennent, quelles qu’en soient leur nature.»

“Aujourd’hui plus qu’hier, il serait insensé de reconduire De Witte dans ses fonctions.”

Le précédent président du CCOJB Joël Rubinfeld a réagi en des termes plus tranchés: «En 2004 déjà, la nomination de Jozef De Witte à la direction du Centre pour l’égalité des chances était contestée compte tenu de la nature de son engagement militant chez 11.11.11. Les craintes se sont malheureusement vérifiées depuis. Lorsque je présidais le CCOJB, j’ai pu personnellement expérimenter lors des réunions de travail avec le Centre que sa direction bicéphale - Jozef De Witte et Edouard Delruelle – se refusait à mener sérieusement le combat contre la forme contemporaine de l’antisémitisme [celle qui a substitué l’Etat juif à l’individu juif]. Aujourd’hui plus qu’hier, il serait insensé de reconduire De Witte dans ses fonctions alors qu’un organisme public performant de lutte contre le racisme et l’antisémitisme s’impose plus que jamais. Confirmer De Witte à la tête du Centre reviendrait à le rendre obsolète, sinon contre-productif. Il appartient aujourd’hui aux pouvoirs publics de ne pas ajouter la faute à l’erreur.»

Le commissaire de police Vroome qui a porté plainte le mois passé n’est pas plus tendre: «J’ai personnellement expérimenté l’impuissance et le refus de De Witte à remplir sa mission et pense qu’il est sage que son mandat ne soit pas prolongé à ce jour. Je ne puis qu’espérer que la ministre de tutelle décharge également Edouard Delruelle, directeur-adjoint du Centre, de ses fonctions. Ce monsieur a, sur ces sujets, franchi la ligne rouge plus encore que De Witte.»

Sentant les bourrasques venir, Jozef De Witte a fait savoir à Joods Actueel fin décembre qu’il a «pris deux semaines de congés et ne sera donc pas joignable».


Traduction française d'un article en néerlandais du magazine Joods Actueel publié le 4 janvier 2012