Des synagogues sont délaissées

Depuis quelques temps, les synagogues des quartiers populaires d’Anderlecht ou de Schaerbeek sont désertées. Un phénomène expliqué par la migration de la population juive vers Uccle ou Forest, mais aussi par un sentiment d’insécurité.

Il y a un demi-siècle, la synagogue située rue de la Clinique, à Cureghem était l’une des plus fréquentées par la communauté juive bruxelloise. Aujourd’hui elle est complètement désertée. Principale explication: la peur.

Rue Rogier, la synagogue qui se trouve, elle aussi, en plein quartier musulman connaît le même sort. De même que la synagogue rue du Pavillon, à Schaerbeek. «On évite toujours d’y aller. Quand on est invité là-bas pour un mariage, on y va mais pas de bonne grâce», confie Betty Dan, directrice de Radio Judaïca.

Résultat, ces synagogues ont réduit sensiblement leurs activités. «Elles ont été fermées pour les activités hebdomadaires. On ne les ouvre qu’à l’occasion des grandes fêtes juives», explique Albert Guigui, le grand rabbin de Bruxelles.

Mais la peur n’est pas la seule explication. «Cette désertion est aussi révélatrice des phénomènes migratoires à l’intérieur de la communauté juive», constate Joël Rubinfeld, ex-président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB).

Il y a une quarantaine d’années, on l’oublie souvent mais Anderlecht était le grand quartier juif de Bruxelles. Aujourd’hui, la communauté juive qui représente 20.000 personnes a déménagé pour des communes plus aisées comme Forest ou Uccle.

Là-bas, les synagogues ont nettement plus de succès. «La synagogue a été ouverte il y a une vingtaine d’années. Depuis, les fidèles sont là. Tous les samedis matin, environ deux cent cinquante personnes sont présentes aux offices religieux. Lors des grandes fêtes, on réunit mille personnes», note le rabbin de la synagogue située avenue Messidor, à Uccle.

Malgré tout, même dans ces quartiers, la peur est toujours présente. «La police nous protège en permanence. Il y a toujours des risques, même à Uccle!».

Un sentiment d’insécurité et d’injustice que la communauté a beaucoup de mal à accepter.

Questions à... ALBERT GUIGUI

La désertion de certaines synagogues peut-elle s’expliquer par une baisse du nombre de pratiquants?

Non, le nombre de pratiquants est resté stable. Nous pensons que le problème vient vraiment de l’insécurité et de la migration de la population juive vers d’autres quartiers.

Y a-t-il des exceptions?

Oui. Par exemple la synagogue située avenue de Stalingrad, près de la gare du midi se porte plutôt bien. Je pense que ça s’explique par le fait que c’est une petite synagogue. Les gens continuent d’y aller car ils y sont attachés.

Questions à... JOËL RUBINFELD

Les actes antisémites ont-ils augmenté à Bruxelles ces dernières années?

Depuis la fin des années 2000, période qui correspond à la deuxième Intifada, il a eu une forte augmentation des actes antisémites. Depuis, cela n’a jamais diminué. Tout est très lié au contexte international. Dès qu’il y a des tensions ou une guerre au Proche-Orient, on a des pics de montée de violence contre les Juifs en Europe. C’est un antisémitisme qui prend la forme d’insultes, de coups contre des personnes ou d’attaques contre les bâtiments.

Questions à... BETTY DAN

D’où vient cette baisse de fréquentation observée dans certaines synagogues?

Moi je ne suis pas spécialement pratiquante. Je pense que le problème de la défection de certaines synagogues est lié à la même situation que connaît la religion catholique: la baisse du nombre de pratiquants. Il est aujourd’hui très difficile de motiver les jeunes. Ces derniers ne pratiquent les lieux de cultes que pour des occasions spécifiques comme les mariages, les grandes fêtes, les circoncisions...


Article de Cécile Danjou paru dans La Capitale du 26 février 2010