Philippe Moureaux fâche les organisations juives

Plusieurs organisations juives, dont le Comité de coordination des organisations juives de Belgique, ont réagi aux propos du bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux (PS), qui évoquait un “droit à la différence” lors d'une interview au Vif.

Véritable dérapage ou tempête dans un verre d'eau? De toute évidence, les organisations juives, CCOJB en tête, sont très remontées contre le sénateur PS et bourgmestre de Molenbeek, Philippe Moureaux.

Dans une récente interview donnée à l'hebdomadaire Le Vif, l'homme fort du PS à Bruxelles aurait pêché par amalgame. A une question portant sur le droit de vote des étrangers, qu'il n'aurait pas toujours défendu, Philippe Moureaux répond qu'«il faut avancer quand une fenêtre s'ouvre». Pour illustrer son propos, il poursuit: «Si j'ai pu faire voter la loi contre le racisme, en 1981, c'est en raison de l'émoi provoqué par un attentat contre des enfants juifs à Anvers». Mais tout de suite après, il ajoute la phrase qui heurte les représentants de la communauté juive: «A 20 ans, quand j'étais marxiste, je n'étais pas un grand partisan du droit à la différence. J'ai évolué. Et ce qui m'a fait basculer, ce sont précisément les conversations que j'ai eues avec des représentants de la communauté juive. Cela m'attriste, aujourd'hui, de les voir refuser ce droit à la différence pour les musulmans».

De qui et de quoi parle Philippe Moureaux?

C'est la question qui taraude Joël Rubinfeld, le président du CCOJB. Il a du probablement relire plusieurs fois le passage incriminé, mais n'en a manifestement pas saisi le sens: «J'avoue ne pas comprendre le sens des propos de Philippe Moureaux quand il parle de droit à la différence que les Juifs refuseraient aux Musulmans. Quel est donc ce droit dont les Juifs auraient joui? De quels privilèges auraient-ils bénéficié dont ils priveraient leurs concitoyens musulmans? Et qui parmi les représentants de la communauté juive auraient refusé ce prétendu droit à la différence à la communauté musulmane de notre pays?».

Et le président du CCOJB de pointer le danger d'une telle déclaration à ses yeux: «Instiller dans l'esprit de nos compatriotes musulmans l'idée perfide que les Juifs seraient leurs adversaires sur la voie d'une bonne intégration, dressant ainsi une communauté contre une autre».

«Un peu exagéré», selon Radouane Bouhlal, le président du Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX), qui dit toutefois regretter que Philippe Moureaux ne prenne pas plus de précaution avec ce sujet sensible. Pour Radouane Bouhlal, il ne faut pas que, par des déclarations malheureuses, on accrédite l'idée d'un «lobby juif» tout puissant, capable d'orienter les politiques, par exemple sur le droit ou non de porter le foulard. Car, dit-il, «ce fantasme est présent dans la communauté musulmane». Le président du MRAX ne suit toutefois pas le CCOJB sur son terrain. «Excessif!», tranche-t-il. En s'exprimant comme cela, on alimenterait selon lui un autre fantasme, «celui du Juif qui ne souffre aucune critique». Pour Radouane Bouhlal, «il faut éviter de crier au loup tout le temps mais se concentrer sur les vraies dérives».

«Habitué aux propos de ces gens»

Contacté par nos soins, Philippe Moureaux, se dit «habitué aux propos de ces gens». N'apercevant aucune ambiguïté dans ses propos, il explique: «le début de mon intervention était un hommage aux représentants de la communauté juive que j'avais rencontré à l'époque, des gens très respectueux de la différence, très ouverts, dans la grande tradition juive». Il estime «ne pas retrouver ce même respect aujourd'hui». Interrogé sur ce qu'il voulait signifier par «droit à la différence», il précise: «Il y a des écoles, des centres culturels; et c'est très bien. Mais enfin, ce sont des différences».