La Belgique docile

De septembre 2004 à décembre 2006, Emmanuel Debruyne, Nico Wouters et Frank Seberechts (en collaboration avec Lieven Saerens) ont mené sous la direction de Rudi Van Doorslaer une étude au sujet de l’éventuelle implication des autorités belges dans la persécution des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette recherche correspond à une mission confiée au CEGES par le gouvernement fédéral, à la demande du Sénat. Après la publication du Rapport intermédiaire fin 2005, le groupe de recherche a présenté le 13 février 2007 son Rapport final à l’attention du gouvernement et du Sénat.

Les conclusions de cette étude démontrent que les autorités belges se sont montrées conciliantes vis-à-vis de la politique raciale menée par l’Occupant nazi à l’encontre de la population juive. Les instances belges ont en fait interprété de manière maximale la loi qui imposait la collaboration administrative. Les hauts fonctionnaires, les magistrats et la police ont ainsi adopté une attitude contraire non seulement à la Constitution, mais également au droit de la guerre. La collaboration belge a commencé à se fissurer à Bruxelles au moment de l’imposition du port de l’étoile de David, puis des déportations massives de Juifs à l’été 1942. Le revirement de situation a véritablement lieu à la fin de l’année 1942, à la suite de l’introduction du travail obligatoire en Allemagne. Entre-temps, la police anversoise a bel et bien pris une part active dans les rafles de Juifs.

Le gouvernement belge à Londres n’a réagi, au même titre que les autres pays alliés, que par les mots. À la fin des années 1930, les autorités belges n’étaient pas non plus parvenues à mener une politique réellement humanitaire envers les réfugiés. Après l’Occupation, la collaboration administrative est restée impunie, étant donné le peu d’empressement de l’État belge à procéder à l’introspection de ses propres institutions.

Comme le fait apparaître la table des matières, La Belgique docile offre un regard pénétrant sur la “politique du moindre mal” et sur les causes et les dérapages de celle-ci. L’abondance d’événements tragiques met en lumière un manque total de résistance morale de la part des élites dirigeantes. Et cette débâcle démocratique plonge la plupart de ses racines politico-idéologiques dans la période d’avant-guerre.


La Belgique docile
Auteurs · Rudi Van Doorslaer (dir.), Emmanuel Debruyne, Frank Seberechts, Nico Wouters
Editeur · Luc Pire (Septembre 2007, 2 volumes, env. 1500 pages)
Prix conseillé · 70 euros (50 euros auprès du CEGES)
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