Isaac Franco était l’un des deux orateurs de la conférence «Pour ou contre JCall» qui s'est tenue le 29 juin 2011 au Foyer culturel juif de Liège. Il y défendait la position «Contre JCall» tandis que son contradicteur, le philosophe Guy Haarscher, professeur à l'Université libre de Bruxelles et l'un des initiateurs de JCall Belgique, défendait la position «Pour JCall». Une version audio de l'exposé d'introduction d’Isaac Franco, intitulé «JCall, une arme de délégitimation massive du gouvernement israélien», est disponible ci-dessous ainsi que le verbatim.

Isaac Franco était l’un des deux orateurs de la conférence «Pour ou contre JCall» qui s'est tenue le 29 juin 2011 au Foyer culturel juif de Liège. Il y défendait la position «Contre JCall» tandis que son contradicteur, le philosophe Guy Haarscher, professeur à l'Université libre de Bruxelles et l'un des initiateurs de JCall Belgique, défendait la position «Pour JCall». Une version audio de l'exposé d'introduction d’Isaac Franco, intitulé «JCall, une arme de délégitimation massive du gouvernement israélien», est disponible ci-dessous ainsi que le verbatim.


32:37 | JCall, une arme de délégitimation massive du gouvernement israélien (cliquer ici pour télécharger le fichier mp3)

VERBATIM

Dans un article écrit il y a tout juste un an en réaction à l’«Appel à la Raison» de JCall, je disais de cet appel qu’il était une erreur politique et une faute morale. Dans mon intervention, je rappellerai mes objections auxquelles le communiqué de JCall du 22 juin dernier qui rappelle les grands principes cet appel n’a pas répondu.

Je commenterai aussi les développements de l’actualité de ces derniers mois qui ajoutent encore à l’incongruité morale et à l’inopportunité politique de cet appel à la raison lancé par JCall; une initiative, il faut le préciser, de Juifs et non des Juifs européens comme voudraient abusivement le faire entendre ses promoteurs dans leur communiqué de la semaine dernière.

Certes nous partageons tous ici une même soif de paix pour l’Etat d’Israël et ceux des Palestiniens en quête véritable d’un Etat.

Mais l’appel de JCall, et plus généralement ses objectifs réaffirmés le 22 de ce mois, révèlent une représentation essentiellement différente de la nature même du conflit et donc de la langue pour en rendre compte.

Bien plus qu’une dispute territoriale née de la «poursuite de la politique d’implantations dans les Territoires palestiniens», ce conflit exprime en effet le refus du monde de l’islam d’accepter un Etat différent de ceux nés de sa matrice culturelle et théologique; un Etat qu’il voit, depuis sa recréation il y a 63 ans, comme un intrus indésirable dans «sa» géographie, et ce, quelques soient les frontières de cet Etat.

En somme un conflit qui parle moins de «frontières» de 1967 que de 1948.

Privilégier le mythe du conflit territorial israélo-palestinien à la réalité du refus arabe de reconnaître dans l’Etat d’Israël l’Etat-nation du peuple juif conduit alors à fabriquer ou à valider une représentation de ce conflit que des abandons de territoires prétendument palestiniens et la fin de leur occupation par Israël suffiraient seuls ou presque à résoudre.

Dans cette lecture du conflit, il importe dès lors, selon JCall, d’exercer une pression soutenue et continue sur le gouvernement israélien et celui surtout de Benjamin Netanyahu, pour qu’il consente, dans l’urgence au surplus, à toutes les concessions territoriales et renoncements identitaires pour prix d’une paix aussi illusoire que celle qui devait naître des précédents désengagements.

Et circonstance aggravante, une paix à la construction de laquelle les Palestiniens sont quasiment exemptés de contribuer par JCall; une société palestinienne dont le communiqué du 22 juin se commande sommairement de constater le «blocage» et le refus de l’une de ses composantes de «reconnaître le droit à l’existence de l’Etat d’Israël»; le terme «blocage» a ici les accents d’une litote au regard des résultats du sondage commandé par le Palestinan Center for Policy publié hier 28 juin qui révèlent que 61% des Palestiniens sont défavorables à une reprise des pourparlers de paix avec Israël…

Ce que JCall dit peu sinon pas du tout le 3 mai 2010 comme le 22 juin 2011, c’est que l’enseignement à la haine d’Israël et des Juifs a aussi cours légal dans les territoires de Judée Samarie placés sous l’autorité des «modérés» du Fatah désormais réconciliés avec les terroristes du Hamas. Une réconciliation dont Bernard-Henri Lévy dira dans un article intitulé «Ah les cons!» dans Le Point du 10 mai dernier qu’elle est «une régression préhistorique».

Ce que JStreet et JCall inscrivent sans doute au registre des «arguties habituelles quant au bon droit d’Israël», c’est que, en Judée Samarie, les prétendus modérés de l’AP n’ont jamais renoncé à baptiser des places, des avenues, des gymnases ou des tournois sportifs du nom de «glorieux martyrs» assassins de civils israéliens dont ils honorent et récompensent financièrement les familles.

Ces hommages rendus au meurtre et à la haine des Juifs comme la somme équivalente à 9 millions d’euros versée pour le seul mois de mai dernier à des assassins et à leurs familles sont pourtant au cœur de ce conflit, et ils sont autant d’erreurs politiques et de fautes morales qui discréditeraient tout projet national autre que le palestinien.

“Loin d’entraver le processus de délégitimation inacceptable d’Israël en tant qu’Etat, JCall alimente la menace de ce «politicide» qu’il prétend prévenir.”

Ce que JCall dit peu sinon pas du tout, une autre «argutie» sans doute aussi, c’est que «les implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est» résultent de guerres d’agression menées contre Israël. Mais un peu comme dans une prise d’otages où la police chercherait moins à convaincre le preneur d’otages de se rendre à la raison que les otages de consentir à perdre la leur, et leur vie avec, JCall dit de l’intransigeance de l’agresseur arabe qu’elle crée des obligations chez l’agressé juif et lorsque le premier dit non, le second doit dire oui.

C’est ainsi que, loin d’entraver le «processus de délégitimation inacceptable d’Israël en tant qu’Etat», JCall alimente la menace de ce «politicide», ou assassinat politique d’un Etat, qu’il prétend prévenir sur son existence.

Quant à l’«isolement» d’Israël dont JCall dit dans son communiqué de la semaine dernière qu’il est «dû principalement à la poursuite de la politique d’implantations dans les Territoires palestiniens» après avoir asséné qu’il était le fait d’un gouvernement «ni légitime, ni raisonnable mais plutôt suicidaire», il n’est pas inutile de rappeler ici que ce «processus de délégitimation» a été engagé par ses ennemis au lendemain de leur débâcle dans la guerre de Kippour.

Lancé en effet dès 1975 avec la misérable résolution de l’AG de l’ONU «sionisme = racisme», ce processus a ensuite été redynamisé à la conférence de Durban en 2001, soit immédiatement après l’offre à Camp David de Barak à laquelle Arafat répondit par le déclenchement de l’Intifada des mosquées; un processus donc qui se moque bien de ce que le Premier ministre israélien se nomme Barak, Olmert ou Netanyahu.

Et tout ce que l’on voit aujourd’hui en termes d’isolement et de délégitimation d’Israël n’est en réalité rien d’autre que les effets de la mise en œuvre scrupuleuse de cette entreprise conçue par ses ennemis pour poursuivre une guerre qu’ils savent désormais suicidaire par d’autres moyens.

Un isolement auquel contribue également la politique de l’actuelle administration américaine à laquelle se réfère volontiers JCall.

Le discours du président américain le 4 juin 2009 au Caire et celui du 19 mai 2011 au Département d’Etat appelant les Israéliens à revenir aux «frontières» indéfendables de 67 comme sa précédente sommation de geler la construction en Judée Samarie et à Jérusalem attestent en effet qu’il a, comme l’Europe, épousé le narratif et les mythes palestiniens; une politique menée avec le soutien actif d’organisations en apparence soucieuses de «la survie et de la sécurité» de l’Etat juif, mais en réalité programmées pour discréditer l’actuel gouvernement d’Israël et ainsi donner à l’administration américaine un levier supplémentaire sur lui; je parle naturellement ici de JStreet aux Etats-Unis et de JCall son clone européen, sans compter la nuée d’ONG israéliennes largement financées par des gouvernements étrangers et subordonnées à leur agenda politique, dont certaines complices de l’infâmant rapport Goldstone.

J’objecte aussi au silence de JCall sur le problème des réfugiés juifs expulsés des pays arabes et, surtout, sur celui du statut de réfugié étendu aux enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants des réfugiés palestiniens; une singularité extravagante que ce statut de réfugié héréditaire imaginé par les institutions internationales dès le lendemain de la victoire d’Israël en 1948 et largement responsable de l’impasse dans laquelle elles ont sournoisement engagé le conflit.

L’absence d’un appel explicite aux Palestiniens de renoncer à la chimère du «droit au retour» de ces réfugiés très privilégiés ailleurs que dans leur futur Etat, sauf à contrevenir au principe «Deux Peuples, deux Etats» qui inspire l’action de JCall, est dès lors éminemment déplorable.

Je relève en passant la différence, abyssale, entre ce principe énoncé le 3 mai 2010 et réaffirmé le 22 juin 2011 par JCall de «deux Etats pour deux peuples» et celui tout différent auquel se réfèrent les Palestiniens, de deux Etats seulement ce qui, à terme, signifie un Etat pour deux Peuples…

J’objecte encore au mutisme de JCall sur les conditions de détention moyenâgeuses de l’otage Guilad Shalit dont les «modérés» du Fatah sont désormais les complices objectifs après leur réconciliation avec le Hamas; une omission plus contestable encore au terme de cinq années de détention que quatre ans après son enlèvement.

Mais ce qui me plonge décidément dans un abîme de perplexité, c’est comment, en dépit de cette réconciliation, en dépit de la profonde instabilité régionale née d’un printemps arabe aux lendemains encore indéchiffrables et malgré la faillite des précédents abandons de territoires au Liban ou à Gaza qui ont profité au Hezbollah et au Hamas, comment donc JCall peut inviter Israël moins à un surcroît légitime de circonspection qu’à une urgence plus impérieuse encore de trouver une solution territoriale à un conflit existentiel.

Je m’interroge sur cette Raison qu’invoque JCall pour asséner le 22 juin 2011 que le contenu de son appel du 3 mai 2010 est «plus urgent que jamais» quand la Tunisie, la Libye et le Yémen se cherchent un avenir; quand le régime syrien torture et assassine en masse ses enfants; quand le Hezbollah achève de phagocyter le Liban; quand les Frères musulmans sont les favoris des prochaines élections législatives en Egypte; quand le Hamas pourrait bien sortir renforcé l’an prochain de la consultation en Judée Samarie; quand enfin ces bouleversements offrent à un régime génocidaire en Iran des opportunités stratégiques et politiques et un répit grâce auquel il peut poursuivre le développement d’un programme nucléaire dont la communauté internationale semble plus prête à s’accommoder que des moyens de s’en prémunir.

Au nom de quelle Raison de tels bouleversements porteurs de tous les scénarii catastrophe possibles ajouteraient-ils alors à l’urgence d’une solution au conflit arabo-juif? Eh bien, à ceux tentés de penser que cette assertion relève d’une analyse stratégique objective, de la Raison en somme, le représentant de JStreet, s’adressant le 20 de ce mois aux délégués de JCall réunis en colloque à Paris, dira que c’est «au fond de notre cœur que nous savons que le statu quo dans le monde arabe n’est pas le seul à devoir changer, mais que le statu quo institué entre Israël et le peuple palestinien doit, lui aussi, changer». «Au fond de notre cœur», une formule aux accents de profession de foi qui laisse rêveur…

Je me demande, moi, s’il n’y a pas plutôt de l’indécence ou de l’hypocrisie dans un appel qui, «loin de sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs», ne lui concédait l’an dernier que cette parenthèse lapidaire, comme si JCall s’obligeait d’en faire état dans le seul but de parer l’accusation d’ignorer cette menace.

Mais lance virilement JStreet: «A l’heure où le besoin s’en fait vraiment sentir, contre ceux qui entendent nuire à Israël ou visent à le détruire, ne vous méprenez pas sur les positions de ceux qui appartiennent à ce mouvement»! Et moi de me demander si nous ne vivons pas précisément aujourd’hui un moment où ce besoin est plus impérieux que celui dont parle le délégué de JStreet de surtout «redéfinir ce que être pro israélien signifie au 21ème siècle»?

“JCall pointe une arme de délégitimation massive sur les dirigeants israéliens mais épargne en revanche les responsables palestiniens pour leur navrante immaturité.”

Il est par ailleurs extravagant de décréter de surcroît, hier et aujourd’hui, que «la sécurité et la survie d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique sont conditionnées par la création d’un Etat palestinien souverain et viable» quand, à l’évidence, la création d’un Etat pour ces Arabes devenus Palestiniens devra tout à l’existence de l’Etat d’Israël et, surtout, surtout, à l’acquiescement de son peuple lassé par le maximalisme, le cynisme et le double jeu des Palestiniens et de ce fait moins enclin à s’administrer un remède territorial pour traiter un problème qu’il sait désormais existentiel.

Et si même un raptus de l’intelligence conduisait à valider cette fausse évidence, comment Israël pourrait-il assurer sa sécurité et sa survie si les Palestiniens qui les conditionneraient toutes deux refusent depuis début 2009 de négocier avec lui les conditions de la création de leur Etat comme les y engagent pourtant les provisions de l’Accord intérimaire signé avec l’Etat juif, et si les Palestiniens le menacent désormais d’un recours à l’ONU pour y poursuivre et y intensifier leur guerre de délégitimation contre lui?

Le prétexte du refus légitime d’Israël de se suicider en se soumettant au nouveau diktat américain des «frontières» de 67 invoqué par l’AP pour justifier cette initiative unilatérale à l’ONU; ou cet autre, futile, de la poursuite de la construction en Judée Samarie et à Jérusalem après avoir méprisé le gel de 10 mois décrété par le gouvernement israélien et alors qu’elle fut indifférente à cette construction pendant 17 ans, tout cela n’est-il pas à inscrire dans ce catalogue lourd des fautes et des actes manqués qui témoignent de ce que les Palestiniens paient surtout pour leur faute de ne pas avoir assez envie d’un Etat?

Non, répond JCall qui, plutôt que de souligner cette désespérante carence, applaudit à l’accusation lancée par le délégué de JStreet à l’encontre de l’actuel gouvernement d’Israël élu démocratiquement de «tracer une voie qui corrompt son caractère juif et sape ses principes démocratiques, le menant à l’isolement sur la scène internationale».

Non donc répond JCall qui, pour témoigner de son «attachement irrévocable aux intérêts légitimes d’Israël», pointe une arme de délégitimation massive sur ses dirigeants mais épargne en revanche les responsables palestiniens pour leur navrante immaturité.

Et non encore répond JCall qui, plutôt que de déplorer le double jeu des «modérés» palestiniens, appelle l’Europe et les Etats-Unis à «mettre en place les conditions utiles à la conclusion rapide d’un accord de paix» et invoque à cette fin une «pression» sur «les deux parties», alors que la réalité témoigne d’une pression qui épargne largement les Palestiniens et pèse à l’évidence sur le seul Israël.

L’Union européenne et la Maison Blanche ne s’irritent-elles pas déjà plus de la construction d’une terrasse au-delà des lignes de 67 que des conséquences de la réconciliation palestinienne ou du meurtre abject, et très révélateur de la nature réelle de ce conflit, de cinq innocents à Itamar par deux Palestiniens de Judée Samarie? Et même si la construction de cette terrasse ou d’une école en Judée Samarie était réellement la cause de la délégitimation d’Israël, JCall ne voit-il pas que cet Etat est le seul au monde dont on croit pouvoir contester la légitimité en arguant d’une faute politique de son gouvernement? JCall ne voit-il pas en somme que ce très singulier double standard est l’irrécusable révélateur de la nature réelle de ce conflit?

Je ne sais pas non plus au nom de quelle raison JCall assène qu’il suffit aux Palestiniens résidant en Judée Samarie de revendiquer la citoyenneté israélienne pour que les Juifs se découvrent «minoritaires dans leur propre pays» sauf à mettre «en place un régime qui déshonorerait Israël et le transformerait en une arène de guerre civile», quand ces territoires disputés n’ont, pour cette raison précisément, jamais été annexés par Israël.

“L'attachement de JCall à Israël me paraît tout sauf «irrévocable» du moment que sa langue emprunte à celle du déni du droit de l’Etat juif.”

Il y a aussi que l’«attachement» de JCall à Israël me paraît tout sauf «irrévocable» du moment que sa langue emprunte à celle du déni du droit de l’Etat juif; une langue qui parle de la Judée Samarie et des quartiers orientaux, du nord et du sud comme de «Territoires palestiniens» et qui plaide ainsi l’illégalité et l’illégitimité des revendications d’Israël sur ces territoires disputés en contribuant ainsi à en effacer la profonde empreinte juive. Comme si un Juif n’était pas à l’évidence chez lui partout à Jérusalem et que la musique des mots «Juifs/Judée» ne proclamait pas le lien plusieurs fois millénaire entre la Judée et les Juifs…

Suffit-il donc de répéter jusqu’à l’hypnose qu’une présence juive y est illégale ou illégitime pour qu’elle le devienne, sans le moindre texte de droit pour dire l’illégalité et sans une once d’honnêteté ou de décence intellectuelle pour ânonner l’illégitimité? Car enfin, quel est donc le fondement légal de ce dogme qui proclame, tel un commandement divin, que les territoires conquis par Israël en 67 et occupés depuis sont, pour autant, pour autant, des territoires palestiniens? Au nom de quelle raison en somme les racines indubitablement juives d’une terre politiquement disputée doivent-elles nécessairement être au préalable arrachées de la langue des hommes pour devenir le berceau d’un 22ème Etat arabe?

Et enfin, dans ce conflit où les mots ont le pouvoir de vie et de mort, la fraude des mots, dont Platon déjà disait qu’elle était à l’origine de la perversion de la Cité, ne légitime-t-elle pas l’épuration ethnique promise une nouvelle fois il y a un mois seulement au sommet arabe de Doha par Mahmoud Abbas aux Juifs résidant dans la partie de Judée Samarie qui un jour échera aux Palestiniens pour héberger leur Etat?

Non, je ne pense pas que ce conflit soit cette dispute territoriale, dangereuse de surcroît pour la paix du monde, entre Israël et ceux des Arabes au contour national incertain ou de hasard que la renaissance d’Israël allait structurer autour d’une identité palestinienne d’emprunt.

Non, je ne pense pas qu’il soit ce différent cartographique entre Israël et des Arabes que la communauté internationale, instruite par des décennies de violence terroriste, de double langage, de mythes et de fantasmes, nomme désormais Palestiniens quand pendant près de deux millénaires, depuis l’empereur romain Hadrien jusque l’an 1948 de notre ère, n’étaient Palestiniens que les Juifs de cette région.

Mais oui, à l’évidence oui, je pense que ce conflit exprime le refus de l’ensemble du monde arabe de s’accommoder de la création, il y a 63 ans, d’un Etat d’Israël Etat-Nation du peuple juif dans quelques frontières que ce soit. Et dans un monde privé de boussole morale, il est aussi difficile pour Israël de gagner sa légitimité qu’il est assuré à ses ennemis de ne jamais perdre la leur, quoi qu’ils fassent, qu’ils mentent, qu’ils tuent ou nous obligent à marcher sur la tête en échangeant la victime pour le bourreau!

La dure vérité, c’est qu’il y aura toujours prétexte à délégitimer Israël - la barrière de sécurité, le «retour des réfugiés palestiniens», le statut de la minorité arabe dans la société israélienne, et j’en passe - et ce, que son Premier ministre se prénomme Ytshak, Menahem, Ehoud ou Binyamin. Et l’entreprise de délégitimation d’Israël continuera demain avec ou sans les implantations en Judée Samarie, avec ou sans les hauteurs du Golan, avec ou sans «Jérusalem Est», avec ou sans Jérusalem tout court, et même avec ou sans traité de paix, tant ce conflit échappe à la réalité objective et se nourrit de ce refus arabe de reconnaître dans l’Etat d’Israël l’Etat-nation du peuple juif, dans quelques frontières que ce soit.

N'est-ce pas l'Autorité palestinienne elle-même qui le proclame dans un article publié le 3 juin par son quotidien officiel dont MEMRI rapporte cet extrait? «Il y a 63 ans, le Premier ministre israélien, Ben Gourion, était à l'ONU après que le monde entier a accordé la reconnaissance à la croissance cancéreuse maligne connue sous le nom d'Etat d'Israël. (...) Le Premier ministre de cette croissance destructrice et cancéreuse s'est levé pour déclarer la religion des Juifs en Palestine au monde entier. La Nation islamique va étudier cette foi, afin de savoir avec certitude que les Juifs parlent, à des conférences et à des négociations, seulement grâce à leur religion déformée, endommagée, falsifiée, qu'ils glorifient et qu'ils honorent. (...) Le conflit entre nous et les Juifs n'est pas un conflit concernant les terres et les frontières, mais plutôt un conflit sur la foi et l'existence.»

“Il n'y aura pas de perspective de règlement tout le temps qu’on verbalise ce conflit dans une langue qui ne rend pas justice aux causes réelles qui le fabriquent et le définissent.”

Et cette incapacité du monde arabe de reconnaître dans l'Etat d'Israël l'Etat-nation du peuple juif est d’autant plus forte que l’expansionnisme de l’islam partout dans le monde est contrarié par l’indéniable réussite du projet sioniste au cœur même de son projet expansionniste. Il y a là une blessure narcissique hélas indépassable au regard des capacités actuelles d’autocritique et de remise en question de l’islam.

N’existerait-il alors aucune perspective de règlement?

Je pense qu’il n’y en a aucune tout le temps qu’on verbalise ce conflit dans une langue qui ne rend pas justice aux causes réelles qui le fabriquent et le définissent.

Inversement, je pense que de vraies perspectives se dessineront du moment qu’on se commandera enfin de diagnostiquer ces vraies causes et d’exiger leur traitement dans un ordre où l’accessoire vient naturellement après le principal.

Un ordre où on n’oblige Israël à d’inévitables et douloureuses concessions territoriales qu’après avoir contraint ses ennemis à le reconnaître dans son droit à être ce qu’il est, là où il est, avec tout ce qu’implique une telle reconnaissance.

A ce moment, au moment seulement où ce conflit aura ainsi été ramené au rang d’une dispute territoriale, il appartiendra alors au peuple souverain d’Israël, et à lui seul, de se montrer généreux et de consentir à un maximum de sacrifices pour enfanter une Palestine démocratique, apaisée et confiante dans son génie propre.

Et si les dirigeants d’Israël devaient alors manquer à leur part du contrat, alors et alors seulement, je signerai volontiers toutes les pétitions de tous les JCall qui les appellent à une raison qu’ils auront, là seulement, perdue.

Si je ne me résous pas non plus à ne rien faire, mes objections disent toutefois que si on veut vraiment la conclusion d’un accord de paix entre Arabes et Juifs sur cette terre, il faut lire et dire autrement ce conflit qui les oppose. Nul doute que l’accord y gagnera alors en solidité ce que, peut-être, il perdra en rapidité.

En attendant, en espérant ce moment où le conflit arabo-juif sera enfin devenu le différent territorial israélo-palestinien que JCall laisse erronément et fautivement entendre qu’il est déjà, je me garderais d’œuvrer de concert avec sa sœur aînée JSreet aux Etats-Unis, au découplage entre un peuple souverain d’Israël supposé incapable de bien voter chez lui, et les communautés juives de diaspora.

Je me garderais bien d’appeler à desserer ce lien et de dénoncer «l’alignement systématique de la Diaspora sur la politique du gouvernement israélien» prétendument dommageable pour «les intérêts véritables de l’Etat d’Israël».

Et je me garderais encore d’inviter à «faire la part du soutien inconditionnel à Israël et du nécessaire débat démocratique autour des actions de son gouvernement», au motif que les dirigeants démocratiquement élus d’Israël ne conduisent pas une politique conforme à ses vœux ou à ceux de l’actuelle administration américaine.

“De concert avec sa sœur aînée JSreet aux Etats-Unis, JCall oeuvre au découplage entre le peuple souverain d’Israël et les communautés juives de diaspora.”

Je m’en garderais parce que ceux des Juifs qui dénient aux Israéliens leur liberté de choisir pour eux perdront, ou ne gagneront pas la leur.

Je m’en garderais aussi parce que c’est une lourde responsabilité devant l’histoire d’instrumenter ce débat démocratique permanent, l’indépendance et l’intégrité intellectuelle, qui sont la marque distinctive de la société civile israélienne et de chacune des communautés juives en Diaspora, pour éloigner les secondes de la première.

L’isolement d’Israël est tel déjà que, lorsque le 17 de ce mois, il a appelé l’Assemblée générale des Nations Unies à se prononcer contre l’agenda discriminatoire du Conseil des droits de l’homme pour les 5 prochaines années, il s’est trouvé 154 voix pour voter contre cette demande et seulement 3 en sa faveur. Nous parlons ici d’un agenda qui consacre entièrement un de ses chapitres, le VII, au seul Israël quand les autres 191 Etats membres de l’ONU, Yémen, Syrie et Libye inclus, relèvent tous du seul et même chapitre IV.

Et nous parlons d’un Conseil des droits de l’homme qui, depuis qu’il a remplacé la Commission des droits de l’homme en 2006, soit bien avant la mise en place du gouvernement de Benjamin Netanyahu, s’est réuni à 17 reprises et a voté à 14 d’entre elles des résolutions contre Israël.

Et s’il faut se garder d’attenter à cette solidarité entre Juifs d’ici et de là, c’est parce que face à Israël, il y a des Arabes qu’une Europe pénitente percluse de culpabilité s’interdit de responsabiliser; des Arabes qui comptent retourner dans ce qu’ils appellent «chez eux» et escomptent y retourner même si ça doit leur prendre les 2000 ans que ça a pris aux Juifs.

Rappelez-vous ces images de la Nakba le 15 mai, celles encore du plateau du Golan le 5 juin, jour de la Naksa et celles des toutes prochaines «invasions pacifiques», terrestres ou maritimes, aux frontières d’Israël!

Ces Arabes à qui cette Europe timorée née pourtant des cendres de ses Juifs à Auschwitz craint de rappeler qu’ils ont aussi des devoirs, ces Arabes ainsi infantilisés à force d’être exonérés de leurs responsabilités, attendent le moment de profiter de la faiblesse de ces Juifs doloristes qu’ils méprisent. Et là, ces Arabes qu’on aura en réalité méprisés en ne leur commandant pas de grandir déchireront tous les papiers, tous les accords, tous les parchemins qui pourront un jour avoir été signés, et ils attaqueront.

C’est certes un constat désolant, désespérant même, mais c’est cela l’histoire et la réalité de ce conflit arabo-juif!

On peut bien sûr choisir d’ignorer ces faits. Mais construire l’avenir et la sécurité de millions de civils sur une ignorance volontaire procède, au mieux, de l’irresponsabilité.

“Ce n’est pas en suggérant aux Juifs européens de prendre leurs distances avec leurs frères en Israël que JCall contribuera à les mettre à l’abri des pulsions antisémites qui, comme chacun sait ou devrait savoir, n’ont jamais eu besoin de l’alibi de l’existence d’un Etat juif pour se libérer.”

Sauf à céder à l’idéologie, on ne bâtit en effet pas l’avenir en pliant les faits à ses schémas préétablis ou aux intuitions et aux espoirs nichés au fond de son cœur mais, au contraire, en imaginant des solutions réalistes qui en tiennent le mieux compte, en particulier dans cette région. Une région où vivent des Juifs enfin sereins et décomplexés que leur ambition de vivre libre irrite hélas plus que la haine dont ils sont l’objet, là-bas dans cette région tourmentée comme dans cette Europe à nouveau indifférente au danger de devenir méchante avec les gentils à force d’être gentille avec les méchants!

Et ce n’est certes pas en suggérant aux Juifs européens de prendre leurs distances avec leurs frères en Israël que JCall contribuera à les mettre à l’abri des pulsions antisémites qui, comme chacun sait ou devrait savoir, n’ont jamais eu besoin de l’alibi de l’existence d’un Etat juif ou de la politique de l’un ou l’autre de ses gouvernements pour se libérer. Car c’est au contraire la renaissance d’Israël et le lien puissant qui l’unit aux Juifs de diaspora qui assurent à ces derniers ce rempart qui leur aura tant manqué dans l’histoire.

Quant à cette Europe aujourd’hui aussi avide de paix que l’était jusqu’à l’aveuglement et à la surdité celle des démocraties de l’entre-deux guerres, elle gagnerait peut-être son salut à écouter ce que lui disait en vain Joseph Roth entre 1924 et 1939 dans son œuvre «Une heure avant la fin du monde»:

«Dans un an, dans un siècle, réveillée de sa narcose, cette Europe sentira une douleur que rien ne pourra adoucir et l’incapacité de se lever et de marcher, de rester debout.» Mais aujourd’hui, écrit-il, «la lâcheté s’appelle prudence, la fuite retraite stratégique, la résignation se déguise en dignité.»

Et enfin, et surtout, ceci:

«Parce que les yeux et les oreilles du monde aveuglent les yeux vivants et assourdissent les oreilles attentives des hommes, (…) il faut mettre les Juifs en garde! Il y a un point à partir duquel leur fidélité ridicule et obstinée envers les bandits (…) éveillera de la méfiance envers eux-mêmes.»

Merci pour votre attention.