Les partis démocratiques traditionnels cèdent volontiers à la tentation de distribuer les bons et mauvais points en matière d'éthique. Ce faisant, ils se profilent en détenteurs du magistère moral.

Qu'en est-il réellement?

Mon dernier post traitait du conflit israélo-arabe et de sa transposition dans nos rues avec les conséquences connues sur la résurgence de l'antisémitisme. Il revenait en particulier sur la contribution du parti Ecolo à ce processus.

J'entends cette fois souligner le cynisme des partis démocratiques francophones qui se drapent dans la vertu alors que, pour mieux draguer les voix issues de l'immigration turque, ils réservent sur leurs listes une place de choix à des candidats qui nient le génocide des Arméniens.

Candidats aux élections du 13 juin prochain, Emir Kir (PS) et Sait Köse (MR) participent en 2004 à une manifestation négationniste à Bruxelles qui appelait à rejeter «les mensonges de génocide». L’année suivante, Sait Köse participe avec d’autres élus MR à une marche qui, cette fois, appelait à rejeter «les affirmations de génocide».

C’est le même Sait Köse qui, en compagnie d'autres élus du MR et du CDH, lance en 2005 un appel à «ne pas rester muet face au prétendu génocide arménien», et déclare en 2007 que «si nos politiciens, au lieu de se quereller sur les batailles de sièges, avaient fait correctement des travaux de lobbying, il n'y aurait aucune force politique sur terre capable de remettre à l'ordre du jour le prétendu génocide arménien».

Mustafa Öztürk, conseiller communal MR à Schaerbeek, va plus loin lorsque, dans un livre publié en 2005, il parle de «génocide perpétré par les Arméniens contre les Turcs». Il remet le couvert en 2009 avec la publication d’un second ouvrage négationniste.

Ces cas ne sont pas isolés. Mahinur Özdemir (CDH,) Halis Kökten (CDH), Sevket Temiz (PS) et Sadik Köksal (MR) qualifient également de «prétendu génocide» l’extermination de 1.500.000 Arméniens par le régime des Jeunes-Turcs en 1915 et 1916.

S’agissant des listes qui seront proposées aux électeurs ce dimanche, je n'oublie pas non plus la présence sur la liste PS de Jamal Ikazban qui plaide pour le retrait du Hamas de la liste européenne des organisations terroristes, ni celle de Fouad Lahssaïni sur la liste Ecolo qui a accueilli des représentants du Hezbollah et de la chaîne antisémite Al Manar dans notre Parlement.

Que penser par ailleurs du recentrage «idéologique» du MR, opéré pour compte de ses probables futurs patrons, qui sacrifie ainsi sa solidarité traditionnelle avec la démocratie israélienne sur l'autel de l'électoralisme?

Peut-être alors n'est-il pas inutile de rappeler aux professeurs de vertu qu'on ne peut dire «Plus jamais ça» avec une petite chance de succès que si on punit sévèrement les négationnistes, tous les négationnistes, de l'Histoire. Parce que si on n'enseigne pas à nos enfants l'Histoire, la vraie, on risque fort de voir celle-ci repasser les mêmes plats.

En attendant l’indispensable pénalisation de la négation des génocides des Arméniens et des Tutsi, les partis démocratiques traditionnels ne peuvent prétendre à un quelconque magistère moral quand ils invitent dans leurs rangs des individus qui manquent à ce point à la mémoire des victimes de ces entreprises méthodiques d'extermination.


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